
¶Carnet
Les premières pages, ce seuil qu'on ne franchit jamais deux fois
Il y a, dans l'écriture d'un roman policier, un moment où l'on accepte enfin de ne pas tout savoir.
Ce n'est pas un aveu de faiblesse — c'est, au contraire, ce qui permet au livre d'exister. Si le narrateur sait tout, le lecteur n'a plus qu'à attendre. Si le narrateur cherche, le lecteur cherche avec lui.
Tenir une voix avant de tenir une intrigue
J'ai longtemps cru qu'il fallait construire d'abord l'intrigue, puis trouver la voix qui la portait. C'est l'inverse. La voix, ses silences, sa manière de regarder une pièce, sa façon de mentir à demi — voilà ce qui décide du livre. L'intrigue suit, ou alors elle se brise.
Un polar, c'est une voix qui apprend ce qu'elle ne voulait pas savoir.
Écrire dans la marge
Pour L'ombre d'Helix, j'ai gardé un carnet pendant deux ans avant la première phrase du premier chapitre. Pas un plan : un carnet. Des lieux, des phrases entendues, des bribes de presse locale, des photos floues. Le roman a poussé là, dans la marge, longtemps avant de tenir debout.
Plus tard, j'écrirai sur la suite — comment le doute, lui, ne s'écrit jamais dans la marge. Il s'écrit au milieu de la page, là où l'on aurait préféré qu'il n'y ait rien.